La peinture a une influence majeure sur mon travail photographique,notamment des peintres tels que Hopper , Peter Klasen, ou Dali m'ont amenée à une réflexion intellectuelle et plastique concernant l'évolution de mes photos. Les couleurs souvent saturées, les jeux de lumière, les contrastes, la mise en scène, suscitent une atmosphère onirique qui veut provoquer l'émotion, le trouble en interpellant le spectateur à s'interroger sur ses propres rêves, ses fantasmes, ses peurs, ou ses frustrations.

Chaque photographie est un scénario dans lequel le ou les protagonistes sont en proie à leurs tourments: la solitude, la fuite du temps contre laquelle on ne peut rien, (des choix ont été faits, et ont dessiné un sillon qu'il faut accepter), les regrets, le désir éperdu de donner un sens à la vie, la volonté de s'intégrer dans une societé dans laquelle ils se sentent fragiles.

Chaque photographie ne se résume plus à une simple prise de vue,elle est une histoire symbolique, conçue. et réfléchie. Elle ressemble à un bateau qui oscille entre le réel et le fantastique.

    Absorbés par le temps

De notre histoire que va-t-il advenir?
Resteront la photo et le souvenir
Voici l'école où l'on apprend que le feu qui nous consume est le temps
Que sommes nous au coeur de cette fournaise?
Que reste-t-il aujourd 'hui de ce que j'étais alors qui m'oblige à souffrir et vivre encore?
Les enfants sublimes courent et crient à perdre haleine
Voici l'école où ils apprennent.
Que reste-t-il aujourd 'hui de ce que j'étais
Puisse ma mémoire raviver à jamis la plus morne couleur du plus morne des jours
Le temps est l'école où l'on apprend
Que le feu qui nous consume est le temps
Delmore Schwartz

Démarche : Absorbés par le temps

Ce poème de Delmore Schwartz, révèle sublimement le rapport entre l'être humain et le temps.

Les images que je présente commencent au crépuscule et viennent mourir dans la nuit.

Tout commence par un flot de promeneurs estompés, qui se dirigent vers la civilisation, ils vont

tous dans la même direction ,dérisoires. La distance qui les sépare de mon objectif, les

rend encore plus petits, plus fragiles. Une lumière surnaturelle enveloppe l'image, révélant le côté

abscons du temps qui nous tourmente. Nous allons toujours dans la même direction, vers la mort.

On ne pouvons remonter le temps, il est comme un fleuve avec un courant si puissant qu'il est vain

de lutter.

Puis la nuit nous absorbe ou plutôt devrais je dire le temps nous absorbe. Ne restent que les arbres,

comme des âmes immortelles . Il est étrange de penser qu'un arbre voit défiler toute l'Histoire ,

alors que la vie de l'être humain est si éphémère ; et il en va de même pour ces bancs, ces chaises,

les réverbères qui habitent le jardin des Tuileries et témoins sans âme du temps qui passe.

Dans la nuit apparait le visage d'une inconnue, très floue, tourmentée, l 'habitante errante du lieu .

Elle symbolise l'âme humaine éternelle, à la recherche de l'absolu.






La fuite du temps  2017     Démarche

Quand on perd l'innocence de l'enfance, le temps se met à galoper. En réalité, c'est nous qui galopons, assassinés par les fourberies de la vie"
Clara Céna




Pour cette série, j'ai choisi le format carré qui me semble parfait pour donner aux images

leur quintessence. Ce format largement utilisé autrefois, casse les normes parfois contrai-

gnantes du 2/3, et donne une plus grande liberté artistique.

Les sujets sont centrés, cernés par l'instant, ou au contraire complètement décentrés

comme s'ils appartenaient déjà au passé; les personnages sortent du cadre comme ils

y sont entrés : fugitivement.

Ainsi, d'un coup d'oeil, le spectateur est imprégné par l'ambiance d'un moment particulier,

par ce sentiment que le temps lui échappera toujours.

C'est essentiellement le passage des personnes que je saisis, je les veux floutées, marquant

ainsi le caractère éphémère, fugace de notre passage sur terre, ainsi que notre fraglité.

Ce flou donne à l'image une émotion singulière, touchante et cela confère à celle-ci une

dimension très humaine.

Progressivement, les plans serrés prennent plus de place. Les sujets floutés sont pris dans un étau, ce qui accentue l'aspect surréaliste, voire abstrait.
 
  Les personnages absorbent l'image et on y retient surtout le mouvement des

formes qui ressemblent parfois à des fantômes. Les corps parfois amputés, accordent à l'instant, l'essentiel, la vélocité de la vie.
Les prises de vue en pose longue, confèrent aux “acteurs” un caractère étrange, le flou les

dissocie de leur humanité, étirant les formes et les traits. Le mouvement “arrêté” nous fait

prendre conscience qu'il est vain et dérisoire de vouloir contrôler le temps au détriment d'un

ordre naturel que nous ne pouvons défier.

Les images évoquent l'errance, la solitude, parfois l'égarement, mais aussi la nostalgie du passé.


Si le poids du temps, est un thème récurrent dans mon travail, il induit aussi des troubles comportementaux . En effet, le flou, le dédoublement, ou la dissociaton, sont bien le miroir
de l'âme tourmentée. Difficile d'échapper aux caprices du cerveau confronté à
une réalité que l'être humain subit, difficile d'être en accord avec soi même.

Le cerveau navigue dans des espaces temps parallèles, l'image fragmentée
que nous avons de nous mêmes instaure un isolement qui nous éloigne du réel et des autres.

Les photographies n'ont pas de titre car elles se réfèrent à ma démarche.

                                                L'absence  2018

  Cette série évoque des sensations, des émotions, des couleurs. "L'Absence" est encore une

réflexion sur le temps mais sur les indices que nous laissons, témoignages de l'être humain mais

sans sa présence physique.

Cette série n'induit pas la solitude et encore moins l'isolement. Chaque image suscite une histoire
que l'on inventerait à partir d'un détail, ou de plusieurs éléments fixés sur l'image, et c'est
alors que l'on ressent une émotion ou une curiosité bienveillante sur ces images empreintes
d'humanité.

Je lève la tête, et une fenêtre ouverte attire mon regard ; et j'imagine une femme qui ne serait ni belle ni laide, et mon esprit s'envole. Il en est de même pour un vieux mur lézardé avec quelques
fils électriques ou un mur tagé ou même une façade semblant appartenir au passé.

Le but de chaque photographie est de suciter le rêve, on reste dans l'émotionnel.
Le mélange de couleurs, le cadrage de l'image, créent une harmonie.
Bien sûr les couleurs laissent la part large à l'imginaire et donc à la psychanalyse.
Essayons pourtant de garder la spontanéité de l'enfance.
Une oeuvre n'a d'intérêt que si elle parle avec celui qui la regarde.






                                        
                                                La nuit sera calme     2017


“ La nuit sera calme” titre du très beau roman de Romain Gary,  que j'affectionne


particulièrement. Mais la nuit ne sera pas toujours calme.....

Les ruelles de Venise, la nuit, qui débouchent sur des places insolites. C'est dans ces lieux

singuliers que j'ai choisi de “voler” des silhouettes furtives, à la fois fragiles, inquiétées ou

inquiétantes. Des personnes que je ne connaîtrai jamais, et ce qui m'attire, c'est bien leur

mystère. Qui sont ces personnes? Des gens ordinaires, sans histoire? Des gens remplis

d'humanité? Des bons parents, des bons enfants? Ou peut-être des gens mal intentionnés, voire pire?

Ainsi, je photographie des personnes floutées, happées par le temps, ou bien figées l'espace d'un

instant fugace.
  Oui,qui sont ces silhouettes qui traversent la ville, absorbées par leur vie? La nuit sera-t-elle

calme?

 
N'est-ce pas la question que nous nous posons avec inquiétude,dans cette période si violente,

intolérante. Qui a dit que l'homme était naturellement bon?




Entre Rêve et Réalité (2017)

La complexité de l'être humain est un sujet sans fin, et le paradoxe entre son extrême fragilité, sa vie éphémère et ce dont il est capable de faire: créer, construire, détruire, me fascinera toujours.

Les photographies de cette série, ont volontairement montré que plus on s'éloigne, plus nous ressemblons à des insectes dont la dimension de vie devient relative, dérisoire, nous devrions
y songer plus souvent, cela nous amènerait sans doute à une réflexion de sagesse, cela nous
aiderait à concevoir la nécessité de réfléchir sur le sens de la vie humaine.

Le cadre naturel, imposant, accentue l'humilité dont nous devrions faire preuve. Ainsi, les images ont un caractère surnaturel, onirique, comme si le temps s'était figé, comme si les personnages presque touchants, vivaient dans un monde parallèle, oubliant la gravité de la crise mondiale, la violence extrême, omniprésente, les guerres, le terrorisme, l'absence d'humanité, la solitude, l'isolement, l'urgence de préserver notre planète.

Les personnages floutés nous indiquent que nous ne semblons plus maîtriser la vitesse du temps . L'être humain est devenu individuel à l'extrême, il faut une conscience collective de sagesse pour nous sauver de nous mêmes.

La fin de la série met l'accent sur le basculement. Nous n'avons pas réussi à établir l'harmonie au sein des peuples, ni à nous unir pour un dessein universel de tolérance. Saurons nous sauver notre planète?
Ainsi, nous sommes plongés dans une obscurité autant spirituelle que réelle.

Cependant j'ai réalisé un diptyque
( A la recherche de la lumière), qui serait un message d'espoir.

La première image montre des personnages perdus, effarés, plongés dans une nuit étrange,
Y-a-t-il un moyen de retouver la lumière, peut on encore sauver l'espèce humaine, peut- on espérer pouvoir vivre dans un monde respectueux, dans un monde de tolérance?

La deuxième photographie (même titre), met en scène deux femmes, vêtues de blanc, la couleur de la pureté, de l'espoir, elles semblent en parfait accord, elles suscitent l'harmonie, la sérénité. Elles sont éclairées comme par un faisceau de lumière; elles incarnent la lumière, l'ultime espoir de sagesse, pour un avenir de réunion et d'harmonie.
Oui nous avons besoin de croire en l'avenir de l'homme, pour les générations futures.

Les autres photos de la série n'ont pas de titre , car elles se réfèrent à ma démarche.

 

 




 



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